Le 24 juin : Ciné-débat inclusif «Sound of Metal»

Une séance proposée par le cinéma Le Méliès de Montreuil et Retour d’image.

Sound of Metal de Darius Marder VOST – SME
(Fiction, États-Unis, 2019, Durée : 2h02).
Avec : Riz Ahmed, Olivia Cooke, Paul Raci, Mathieu Amalric…

L’histoire : Ruben et Lou, forment un couple fusionnel. Il est le batteur et elle la chanteuse d’un groupe de metal indépendant. Ensemble, ils sillonnent les États-Unis à bord d’une caravane, tout à la fois logement et studio de son. Mais un soir, en plein concert, Ruben ne perçoit plus la voix de Lou. Il est gêné par des acouphènes. Un médecin lui annonce qu’il sera bientôt sourd. Faisant face au retour de vieux démons, Ruben va devoir prendre une décision qui changera sa vie à jamais.

Un ciné-débat en présence de Nicolas Becker, le concepteur sonore du film récompensé aux Oscars, suivra la projection. Il sera animé par Diane Maroger (fondatrice de Retour d’image, professionnelle de la production).

Accessibilité

Le sous-titrage* du film est conçu pour les personnes sourdes et malentendantes (SME).
Le débat sera traduit en LSF et transcrit à l’écran en simultané (vélotypie).

Le film sort en salles le 16 juin 2021 en version sous-titrée avec des indications sonores. Toutes les séances sont donc accessibles aux publics sourds (la version SME avec code couleur est également disponible sur les copies ; contactez le distributeur Tandem pour le choix de la version).

Informations pratiques de notre séance 

Le jeudi 24 juin à 19h45 au Méliès – 12 Place Jean Jaurès à Montreuil

Comment venir ? Métro Ligne 9 & Bus 102, 115, 122, 121, 129, 322 – Arrêt Mairie de Montreuil.

– Les réservations seront disponibles sur le site du cinéma dès le 16 juin :  Acheter sa place à la séance du 24 juin au Méliès 

La jauge étant limitée à 65%, ne tardez pas.

En attendant la séance

La bande-annonce (ST-SME)

L’histoire du film en langue des signes

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Photo : Ruben à la batterie

Notre entretien au sujet du film

L’intervenante qui animera la séance, Diane Maroger, a elle-même vécu la perte de l’audition. Nous sommes revenus avec elle sur l’impact du film de Darius Marder et quelques bonnes raisons de venir le découvrir en salle.

Retour d’image : Pourquoi Sound of Metal est-il un film très important pour toi ?

Diane Maroger : Durant 15 ans j’ai visionné, au sein de comités de programmation de Retour d’image impliquant des cinéphiles sourds, des centaines de films incarnant des protagonistes en situation de handicap. Nous avons programmé des dizaines de films dont les personnages centraux étaient sourds. Jamais je n’ai vu un film qui se rapproche autant que Sound of Metal de l’expérience de la perte du monde sonore pour un entendant.Il se trouve que cette expérience, je l’ai vécue. Je n’étais pas musicienne comme Ruben, le protagoniste du film, mais monteuse de cinéma et réalisatrice de documentaires. Le son est central dans nos métiers. J’ai trouvé le parcours du personnage très émouvant.

Ruben a eu une enfance très chaotique et s’est déjà adapté par le passé pour mener la vie qu’il souhaitait. Au début du film, ce trentenaire rebelle a un bel amour et un métier qui le passionnent. Il semble jouir aussi d’une certaine liberté, même si elle est sans doute précaire, et le moindre accident pourrait tout remettre en cause. En perdant soudain l’ouïe, Ruben doit faire face à ce qu’il aimait sous un angle nouveau. Nous assistons à ce bouleversement, à un deuil et à une réorganisation intérieure du sens de sa vie. Le tout est traduit avec beaucoup de finesse par le réalisateur Darius Marder et Riz Ahmed, l’acteur formidable qui incarne Ruben (également nommé pour l’Oscar du Meilleur acteur).


Comment as-tu connu Nicolas Becker, le sound designer du film, invité à la séance que nous co-organisons avec le Méliès ?

J’ai connu Nicolas, qui a amplement mérité son Oscar pour le sound design (conception sonore) de ce film, à l’époque où il était un jeune bruiteur talentueux. Alors que je faisais mes premiers pas dans le cinéma, il venait avec sa valise de bruiteur pour donner vie à la bande son des films de fiction. C’était passionnant de le regarder, de voir quels objets et quels gestes produisent quels bruits. On ne l’imaginerait pas ! C’est un immense plaisir de le retrouver vingt cinq ans plus tard au sommet de son art. Son métier a évolué, il conçoit désormais aussi la prise de son, choisit les micros, écrit une véritable partition pour le film. Dans Sound of Metal il nous offre une approche précise et remplie d’empathie de l’expérience que les « perdant l’audition» ont vécue dans leur chair.  Il s’en est vraiment imprégné. Et il explique très bien ses choix et son métier aux spectateurs, suite au film. 


Que dirais-tu pour encourager les sourds et les entendants à nous rejoindre au Méliès pour découvrir Sound of Metal le 24 juin ?

D’abord, à celles et ceux qui ont déjà découvert ce film sur Amazon Prime lorsque les cinémas étaient fermés (la plateforme le diffusait au Bénélux), je dirais : retournez le revoir en salles !  Les détails visuels permettent de bien mieux saisir la subtilité du scénario. Tout ce qui, dans la trajectoire de Ruben, n’est pas linéaire ni évident, devient de plus en plus important au fur et à mesure que le récit progresse. C’est très palpable sur grand écran. Contrairement à ce que la communication sur le film laisse paraitre, Sound of Metal n’est pas un film sur la musique. C’est, en creux, un film sur l’évolution d’une histoire d’amour. Il va s’agir, au delà du deuil d’un sens, de grandir en devenant encore plus vrai et sincère. Et puis au cinéma, vous serez beaucoup plus impacté par les choix sonores de Nicolas Becker, qui sera présent pour nous raconter comment il a procédé pour s’immerger dans l’expérience d’un musicien qui perd l’ouïe, et comment il a choisi de traduire cette expérience. 

Ensuite, à celles et ceux qui ignorent ce que c’est de subir une perte auditive sévère à l’âge adulte, ce ciné-débat — de par son accessibilité maximale prévue par les équipes du Méliès et de Retour d’image — enrichira votre expérience du film grâce à l’échange avec des spectateurs sourds porteurs d’implants auditifs (comme moi), et d’autres qui ont fait le choix de la langue des signes, comme le personnage joué par Paul Raci dans le film. Beaucoup d’enfants nés sourds grandissent avec une autre langue que le langage parlé. Pour eux il n’y a pas de «monde sonore perdu » à retrouver et c’est une réalité montrée dans ce film aussi. 

Enfin, à celles et ceux, nés sourds ou devenus sourds au cours de leur vie, je dirais : venez nombreux et sans a priori. Vous aurez la surprise, surtout aux premiers rangs de la salle de cinéma, de vivre physiquement, tactilement presque, la vibration de la bande son ! Le travail de sound design que fait Nicolas Becker est beaucoup plus tangible dans une bonne salle de cinéma que sur petit écran. Vous pourrez aussi découvrir le regard de Darius Marder. Sound of Metal est son premier long métrage: il fait vraiment la place aux différentes identités sourdes.

Pendant le débat à l’issue de la projection, partager son expérience et découvrir celle des autres, dans leurs perceptions multiples, peut amplifier encore l’impact de cette œuvre très émouvante, quel que soit notre parcours de vie.